Les royaumes de Bourgogne jusqu'en 1032

2.-4.10.2014, Tagung, DHI Paris

Ce colloque, qui se tient à Besançon du 2 au 4 octobre 2014, envisage les fondements d'une identité bourguignonne qui se fédère autour de principes mémoriels. Différents thèmes seront envisagés à ce titre, tels que la marche à la christianisation ; les moines et les monastères ; le pouvoir, les reines et les évêques ; le rôle identitaire des cultes et de l'hagiographie.

En 436 Aetius, après avoir infligé une terrible défaite aux Burgondes, installa les survivants en Sapaudia (le territoire de Genève dilaté vers le nord jusqu’au Rhin).  Les Burgondes tirèrent parti de leur position entre Francie et Italie en se taillant un véritable royaume le long de la vallée du Rhône, jusqu’à la Durance, et de la vallée de la Saône, au-delà de Besançon. Cet espace fut consciemment modelé par les clercs du VIe siècle qui créèrent un cycle de Bourgogne, rassemblant artificiellement les martyrs de cette région. Lyon, capitale burgonde, fut ainsi relue, selon J. Favrod,  comme le « centre d’un royaume de Dieu ». Pendant ces décennies, les responsables burgondes menèrent une politique d’assimilation avec la population locale et opérèrent un passage progressif de l’arianisme au catholicisme. Dans ce royaume arien,  les reines catholiques jouèrent un rôle d’intercesseur. La cohabitation, dans cette première « Bourgogne », d'un peuple venu du Nord et des Gallo-romains. Les évêques catholiques issus de cette aristocratie gallo-romaine eurent un rôle politique notable en particulier ceux qui gardèrent une réputation de sainteté, tels Marcel de Die,  Avit de Vienne et Apollinaire de Valence. L'harmonie interethnique fut réglée par une loi du roi Gondebaud. Le paradoxe du premier roi catholique Sigismond fondateur de l’abbaye Saint-Maurice réside dans le fait qu’il fut en butte à la critique de tout son épiscopat. Il perdit le royaume et la vie en raison de l’expansion franque. Sa dynastie fut abattue en 534 et les territoires intégrés au royaume mérovingien. Pourtant, l’identité burgonde résista et Gontran agit en véritable successeur des rois burgondes. Ces derniers avaient gardé un prestige certain au sein de l’aristocratie du royaume encore au VIIe siècle. D’ailleurs, le culte de saint Sigismond fleurissait à l’abbaye Saint-Maurice.

Les Mérovingiens intégrèrent le royaume burgonde aux différents royaumes mérovingiens en lui conservant son individualité. Gontran, qui résidait le plus souvent à Chalon-sur-Saône, y réunit des conciles et y fit ériger en 577 une basilique et un monastère dédiés à Saint-Marcel. En 613, après la capture et la mise à mort de la reine Brunehilde, plus aucun roi ne résida en Bourgogne. Le roi de Neustrie Clotaire II la réunit à ses états. En 687, le royaume de Bourgogne-Neustrie disparut. L'austrasien Pépin de Herstal fit l'unité des royaumes francs. Le vaste territoire de l’ancien regnum francorum fut réparti par Charles Martel en quatre commandements : une Bourgogne d’Arles, une Bourgogne de Vienne, une Bourgogne alémanique et une Bourgogne franque. Au  IXe siècle, l’héritage de Lothaire II fut divisé entre la Bourgogne (futur duché) et les royaumes  des Bosonides et des Rodolphiens, qui finirent par fusionner au milieu du Xe siècle. Cette nouvelle royauté bourguignonne s’appuya sur des cultes traditionnels comme Maurice, sur des grands monastères (Romainmôtiers) et sur des évêchés, se situant ainsi peu ou prou dans la continuité des anciens rois burgondes.

Sous l’autorité d’un roi sans héritier, la monarchie rodolphienne ne put résister à la montée en puissance de l’Empire, dont l’autorité croissante sapa les fondements de la royauté rodolphienne. La monarchie bourguignonne laissa la place à un royaume sans roi, organisé en une marqueterie de nouvelles principautés. Si les plus anciennes étaient déjà en place dans les dernières décennies du Xe siècle (Provence, comté de Bourgogne), d’autres n’apparurent, souvent assez brutalement, que sous le règne de Rodolphe III (Savoie, Dauphiné, etc.).